Le 25 août 1944 — le jour même de la libération de Paris — une unité SS massacre 124 des 500 habitants du village de Maillé en Indre-et-Loire, dont 44 enfants de moins de 14 ans, et rase les maisons. Surnommé 'le second Oradour', ce massacre est l'un des plus terribles et des plus méconnus de France. La Maison du Souvenir et le parcours mémoriel dans le village rebâti racontent ce drame oublié.

Coordonnées46°58'59"N · 0°27'31"E
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La Maison du Souvenir et le mémorial du village de Maillé en Indre-et-Loire, village martyr massacré le 25 août 1944
Maillé (Indre-et-Loire) — village martyr du 25 août 1944. Le massacre de 124 habitants par une unité SS le jour de la libération de Paris est l'un des plus méconnus et des plus terribles de France.

Il y a des tragédies si grandes qu’elles absorbent tout autour d’elles, ne laissant plus de place pour celles qui leur ressemblent mais qu’on ne voit plus. Oradour-sur-Glane est de celles-là. Son massacre du 10 juin 1944 — 642 civils tués par la division Das Reich — est gravé dans la mémoire nationale, justement, irrévocablement. Mais à deux cents kilomètres de là, deux mois et demi plus tard, quelque chose de comparable s’est produit. Un village. Des soldats SS. Des civils assassinés. Des maisons brûlées. Et une date qui rend cette tragédie encore plus cruelle dans son oubli : le 25 août 1944 — le jour même où Paris était libérée, où les Alliés défilaient sur les Champs-Élysées, où la France entière croyait que la nuit était finie. Ce jour-là, dans le petit village de Maillé, en Indre-et-Loire, 124 habitants ont été massacrés. 44 d’entre eux étaient des enfants de moins de 14 ans. Le village a été rasé. Et pendant des décennies, cette histoire a failli être oubliée. La Maison du Souvenir et le parcours mémoriel de Maillé existent pour que cela n’arrive pas.

Un village dans la Touraine libérée — ou presque

En août 1944, la situation militaire en France est en train de basculer rapidement. Le débarquement allié du 6 juin en Normandie, suivi du débarquement de Provence le 15 août, précipitent la retraite allemande. Le 25 août, Paris est libérée. Dans toute la France, les populations sortent dans les rues, les cloches sonnent, on pleure de joie.

Mais en zone de repli, là où les unités allemandes reculent dans le désordre, la situation est différente. Des groupes de soldats SS, isolés, démoralisés, et parfois engagés dans des combats d’arrière-garde contre la Résistance, commettent des atrocités dans ce qu’on appelle le « crime de la retraite ». C’est dans ce contexte que se trouve Maillé, village de 500 habitants en Indre-et-Loire, à une trentaine de kilomètres au sud de Tours.

Le 25 août 1944, 9h du matin

Le matin du 25 août, une unité motorisée de la Waffen-SS — dont l’identification précise a longtemps été débattue avant d’être établie par les historiens — entre dans Maillé. Les soldats commencent à tirer sur les habitants, maison par maison. Ils incendient les bâtiments. Ils tuent hommes, femmes, enfants sans distinction — dans leurs maisons, dans leurs caves où ils se sont réfugiés, dans les rues où certains tentent de fuir. Le massacre dure plusieurs heures.

Quand les soldats repartent, 124 des 500 habitants de Maillé sont morts. Parmi eux, 44 enfants de moins de 14 ans — dont des nourrissons. La quasi-totalité des bâtiments ont été incendiés. Le village est détruit.

Ce qui est particulièrement frappant dans le massacre de Maillé, c’est l’absence de prétexte. Oradour-sur-Glane avait été présenté par les SS comme une « représaille » (injustifiable, mais revendiquée) pour des actions de la Résistance locale. À Maillé, les historiens n’ont pas trouvé de raison militaire ou tactique qui explique ce qui s’est passé ce matin-là. C’est un massacre de civils pur, d’une brutalité gratuite, dans un village qui n’avait pas participé à des actes de résistance significatifs dans les jours précédents.

L’oubli et la reconnaissance tardive

Contrairement à Oradour-sur-Glane, Maillé n’a pas bénéficié d’un statut commémoratif immédiat et fort. Plusieurs facteurs ont contribué à cet oubli relatif : la date du massacre — le jour même de la libération de Paris, événement qui a naturellement concentré toute l’attention — mais aussi l’absence d’un personnage politique ou d’une décision nationale qui aurait, comme pour Oradour, imposé la conservation du site détruit comme témoignage.

Maillé a été rebâti après la guerre — un village vivant a repris ses droits là où les ruines avaient été laissées. On ne visite donc pas un Maillé figé comme Oradour. On visite un village ordinaire de Touraine, avec ses maisons modernes, ses rues propres, ses habitants du quotidien — et au milieu de cela, un espace mémoriel qui dit ce qui s’est passé ici, le 25 août 1944, dans ce paysage aujourd’hui apaisé.

La reconnaissance nationale a été longue à venir. Ce n’est qu’en 2007 — soixante-trois ans après les faits — que la France a officiellement reconnu Maillé comme « village martyr » et que les responsabilités ont été pleinement établies. La même année, un tribunal allemand a prononcé une condamnation posthume du commandant de l’unité responsable.

La Maison du Souvenir et le parcours mémoriel

La Maison du Souvenir est inaugurée en 2008. C’est un espace muséal moderne, sobre, construit sur les fondations de l’une des maisons incendiées le 25 août. La muséographie repose principalement sur les témoignages des survivants et les archives — photos, documents, témoignages oraux. Elle présente les victimes une par une, avec leur visage, leur histoire, leur âge. Ce choix — ne pas traiter les 124 morts comme un nombre abstrait, mais comme 124 personnes — est le principe même de la mémoire bien faite.

À l’extérieur, un parcours mémoriel dans le village guide le visiteur vers les lieux significatifs : l’église (où les corps ont été rassemblés), le monument aux victimes, les quelques ruines préservées comme témoignages, et les rues où s’est déroulé le massacre. Ce parcours a la particularité de superposer le village d’aujourd’hui à celui d’hier — les mêmes rues, les mêmes angles, des maisons qui ont remplacé d’autres maisons, et partout la conscience que la vie a repris là où elle a failli être effacée définitivement.

Préparer sa visite

Où se trouve Maillé

Maillé se situe dans l’Indre-et-Loire (37), à environ 30 km au sud de Tours et 15 km à l’est de Sainte-Maure-de-Touraine. Accessible en voiture depuis l’A10 (sortie Sainte-Maure-de-Touraine).

Informations pratiques 2026

  • La Maison du Souvenir est ouverte aux visiteurs. Consultez le site officiel ou contactez la mairie de Maillé pour les horaires actualisés.
  • Entrée : gratuite ou tarif modique selon les périodes.
  • Durée : 1h30 à 2h pour la Maison du Souvenir et le parcours dans le village.
  • 25 août : date de commémoration annuelle, avec des cérémonies officielles — une occasion de visite particulièrement poignante.

Renseignez-vous auprès du Mémorial de Maillé et de l’office de tourisme du sud Touraine.

Conseils de visite

  • Lisez avant de venir. La Maison du Souvenir est plus forte si on arrive avec un minimum de connaissance de l’événement. Quelques pages sur le massacre de Maillé suffisent à préparer la visite.
  • Prévoyez le temps du parcours extérieur. Le village lui-même, avec ses rues ordinaires et ses maisons modernes, est une partie intégrante de l’expérience — la vie qui a repris là où la mort avait tout pris.
  • Combinez avec les châteaux de la Loire : Chinon, Azay-le-Rideau, Villandry sont à quelques dizaines de kilomètres. Le contraste entre ces palais de la Renaissance et la sobriété du mémorial de Maillé n’est pas dérangeant — il est instructif.
  • Le 25 août, si possible. Les cérémonies commémoratives annuelles donnent au lieu une intensité particulière.

Le 25 août 1944, entre joie et horreur

C’est peut-être la cruauté la plus particulière du massacre de Maillé : il s’est produit le même jour que la libération de Paris. Pendant que des millions de Français pleuraient de joie dans les rues de la capitale, 124 personnes mouraient à 200 kilomètres de là dans un village de Touraine. L’Histoire est faite de cette simultanéité — le pire et le meilleur au même moment, dans des lieux différents, ignorants l’un de l’autre. Les survivants de Maillé ont appris la libération de Paris dans les jours qui ont suivi, au milieu des décombres de leur village et du deuil de leurs voisins, de leurs parents, de leurs enfants. Cet écart — entre la joie nationale et la douleur locale, entre la grande histoire et les 44 enfants morts ce matin-là — est peut-être le sens le plus profond du mémorial de Maillé : nous rappeler que les dates glorieuses de l’Histoire portent aussi, en elles, des histoires qu’on ne chante pas. Et que ces histoires aussi méritent d’être racontées.

Le 25 août 1944, le jour de la libération de Paris, une unité SS massacrait 124 habitants de Maillé, dont 44 enfants. Le village a été rasé. La Maison du Souvenir et le parcours mémoriel dans le village rebâti existent pour que ce massacre parmi les plus terribles et les plus méconnus de France ne soit pas oublié.

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