Dans un cottage blanc au bord d'un port de Cornouailles se cache la plus grande collection d'objets liés à la sorcellerie au monde. Boules de cristal, poupées d'envoûtement, grimoires, amulettes : le Museum of Witchcraft and Magic raconte, sans jugement, mille ans de magie populaire, de chasses aux sorcières et d'occultisme. Histoire et visite.

Coordonnées50°41'26"N · 4°41'30"O
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Le cottage blanc du Museum of Witchcraft and Magic, au bord du port de Boscastle, en Cornouailles
Le Museum of Witchcraft and Magic, dans son cottage blanc au bord du port de Boscastle, en Cornouailles.

Dans un joli village de pêcheurs de la côte nord des Cornouailles, blotti au fond d’un port naturel parmi les plus pittoresques d’Angleterre, se dresse un modeste cottage blanchi à la chaux. Rien, de l’extérieur, ne laisse deviner ce qu’il abrite : la plus grande collection d’objets liés à la sorcellerie et à la magie au monde. Boules de cristal et miroirs noirs pour la divination, poupées d’envoûtement hérissées d’épingles, grimoires manuscrits, amulettes, outils rituels, cornes, ossements, herbes séchées — plus de trois mille pièces s’entassent du sol au plafond, dans une pénombre soigneusement entretenue.

Bienvenue au Museum of Witchcraft and Magic de Boscastle. Loin du cliché de la maison hantée pour touristes, ce lieu unique explore avec un vrai sérieux mille ans d’histoire de la magie populaire, de l’occultisme et des persécutions — une plongée dans les croyances, les peurs et les pratiques qui ont accompagné l’humanité depuis toujours, et qui subsistent, parfois, jusqu’à aujourd’hui.

Un musée à l’histoire aussi mouvementée que ses collections

L’histoire du musée est un roman en soi. Il fut fondé en 1951 par une figure fascinante : Cecil Williamson (1909-1999), cinéaste, passionné d’occultisme et folkloriste, qui se disait lui-même en lien avec des « sorcières » de la campagne anglaise. Fait extraordinaire, Williamson avait même monté, pendant la Seconde Guerre mondiale, un « Centre de recherche sur la sorcellerie » auquel les services secrets britanniques (le MI6) auraient fait appel dans le cadre de la guerre psychologique contre l’Allemagne nazie — un épisode digne d’un film.

Mais installer un musée de la sorcellerie ne fut pas une mince affaire. Williamson se heurta partout à l’hostilité des populations locales. Sa première tentative, à Stratford-upon-Avon, échoua. Il déménagea sa collection sur l’île de Man (où il croisa un temps Gerald Gardner, le père de la Wicca moderne, qui la lui racheta avant qu’il n’en reconstitue une autre), puis à Windsor, puis ailleurs encore — chassé de ville en ville par la méfiance et la peur. Ce n’est qu’en 1960 qu’il trouva enfin un port d’attache définitif : Boscastle, en Cornouailles, terre de légendes celtiques, de cercles de pierres et de folklore, où le musée s’est enraciné pour de bon.

Comprendre plutôt que juger

Ce qui distingue le musée de Boscastle, c’est son approche. Il ne s’agit pas d’un cabinet d’épouvante ni d’un lieu de propagande, mais d’une démarche qui cherche à comprendre la sorcellerie dans toute sa complexité, sans la caricaturer ni la diaboliser.

Les collections couvrent un champ immense : la magie populaire des campagnes (ces guérisseurs, jeteurs de sorts et « sorcières de village » qui soignaient, protégeaient les récoltes ou maudissaient les ennemis), la sombre histoire des chasses aux sorcières et des procès qui envoyèrent au bûcher des milliers d’innocents (souvent des femmes), la magie cérémonielle et l’occultisme savant, la franc-maçonnerie, mais aussi les pratiques vivantes comme la Wicca et le paganisme contemporains. On y côtoie des objets authentiques et parfois glaçants, des « bouteilles de sorcière » enterrées sous les seuils pour repousser les maléfices, ou ces récits comme celui d’Agnes Sampson, Écossaise qui, sous la torture au XVIᵉ siècle, « avoua » avoir déclenché une tempête en naviguant dans une passoire.

Le musée invite ainsi à une réflexion plus large : sur la place des croyances magiques dans les sociétés humaines, sur la peur de l’autre et de la différence, sur la façon dont on fabrique des « sorcières » à persécuter. Un contenu bien plus profond que ne le laisse supposer sa façade pittoresque.

Le musée qui a survécu au déluge

Le lieu a lui-même frôlé la disparition. En 2004, Boscastle fut frappé par une inondation soudaine dévastatrice : un torrent de boue et d’eau dévala la vallée, emportant voitures et bâtiments. Le musée, situé au bord du port, fut gravement touché, et une partie de sa collection perdue ou endommagée. Mais il fut sauvé, restauré, et rouvrit — comme s’il fallait, pour un musée de la sorcellerie, avoir survécu à sa propre catastrophe. Aujourd’hui géré par une fondation, il demeure l’un des petits musées indépendants les plus appréciés de Grande-Bretagne.

Préparer sa visite

Où se trouve le musée

Le Museum of Witchcraft and Magic se trouve au bord du port de Boscastle, sur la côte nord des Cornouailles, dans le sud-ouest de l’Angleterre, à environ 50.6906° N, -4.6917° O. Il est tout proche de Tintagel, le château légendaire associé au roi Arthur, et de la superbe côte du South West Coast Path.

Sur place

Le musée est payant (tarif modique) et se visite en une à deux heures. Il se déploie sur deux étages, dans une ambiance volontairement feutrée et « otherworldly », chaque objet accompagné de notices détaillées et, souvent, de commentaires du fondateur. Deux avertissements : le musée n’est pas adapté aux fauteuils roulants (bâtiment ancien) et ne dispose pas de toilettes ; certains objets peuvent troubler les plus sensibles.

Le cadre est un atout majeur : le village de Boscastle, avec son port en zigzag et ses falaises, mérite à lui seul le détour. Informations et horaires sur le site officiel du Museum of Witchcraft and Magic.

Où dormir

Boscastle et les villages voisins des Cornouailles (Tintagel, Bude) offrent cottages et auberges de charme pour découvrir cette côte magnifique et chargée de légendes.

Coordonnées

Le Museum of Witchcraft and Magic se situe à environ 50.6906° N, -4.6917° O, au bord du port de Boscastle, en Cornouailles.

Le miroir de nos peurs

On sort du musée de Boscastle avec une idée neuve de la sorcellerie — plus riche, plus nuancée, et étrangement plus humaine. Car derrière les boules de cristal et les poupées d’envoûtement, ce que raconte vraiment ce lieu, c’est l’histoire de nos peurs et de nos espoirs : le besoin de conjurer le malheur, de guérir, de comprendre l’incompréhensible, de donner prise sur un monde qui nous échappe. La magie, au fond, est née de ces désirs très humains.

Et l’histoire des chasses aux sorcières, elle, nous tend un miroir plus sombre : celui de ce que les sociétés font à ceux qu’elles désignent comme « autres », comme dangereux, comme différents. Les milliers de femmes brûlées comme sorcières n’étaient pas des créatures maléfiques, mais les victimes de la peur collective. En préservant et en expliquant cette mémoire sans la juger, le petit cottage blanc de Boscastle fait bien plus qu’exposer des curiosités : il nous invite à réfléchir à la part d’ombre — et de lumière — qui sommeille dans toute croyance humaine.

Derrière les boules de cristal et les poupées d'envoûtement, ce musée raconte nos peurs les plus anciennes — et rappelle que les « sorcières » d'autrefois n'étaient, le plus souvent, que des femmes désignées à la vindicte de tous.

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