À Asnières-sur-Seine, à quelques minutes de Paris, se cache le plus ancien cimetière animalier au monde. Fondé en 1899 par une féministe et un avocat, ce jardin Art Nouveau abrite les tombes de 90 000 animaux — chiens, chats, singes, lions, chevaux — dont Rin Tin Tin, Barry le saint-bernard sauveteur et Moustache le chien héros de Napoléon. Un lieu à la fois touchant, insolite et profondément humain.

Coordonnées48°55'02"N · 2°17'32"E
Localiser
Une allée du cimetière des chiens d'Asnières-sur-Seine avec ses stèles et monuments funéraires animaliers sous les arbres
Le cimetière des chiens d'Asnières-sur-Seine, fondé en 1899 : le plus ancien cimetière animalier au monde, avec plus de 90 000 sépultures.

Il y a un endroit aux portes de Paris que peu de gens connaissent, mais que ceux qui le découvrent n’oublient jamais. Caché dans un méandre de la Seine, à Asnières-sur-Seine, un jardin paisible et légèrement surréaliste abrite plus de 90 000 tombes. Des petites stèles de pierre, des monuments en marbre, des sculptures attendrissantes, des épitaphes d’une poésie et d’un humour parfois déroutants. « À mon cher Moustache, fidèle jusqu’au bout. » « Ici repose Macdo, roi de nos cœurs. » « À Smaug le Magnifique — trop grand pour ce monde. » Ceux qui reposent ici ne sont pas des hommes. Ce sont des chiens, des chats, des lapins, des oiseaux, des singes, des chevaux, des lions et même des poissons. Bienvenue au cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine — le plus ancien cimetière animalier au monde, fondé en 1899, et l’un des lieux les plus étonnamment touchants d’Île-de-France.

Une féministe, un avocat et une loi

Pour comprendre la naissance de ce cimetière improbable, il faut remonter à la fin du XIXe siècle et à la question, alors brûlante, de la mort des animaux en ville. À Paris, la loi imposait que les bêtes mortes soient déposées sur la voie publique et ramassées par les équarrisseurs de la ville — une pratique aussi peu hygiénique qu’indigne des liens affectifs qui unissaient les propriétaires à leurs compagnons. La mort de l’animal de compagnie était traitée comme un problème sanitaire, rien de plus.

En 1898, la loi change et autorise pour la première fois l’inhumation des animaux. Deux personnages saisissent l’occasion. Marguerite Durand, journaliste, militante féministe et fondatrice du journal La Fronde (premier quotidien entièrement rédigé par des femmes), et Georges Harmois, avocat, décident de créer un véritable lieu de sépulture pour les animaux de compagnie. En 1899, sur une île de la Seine à Asnières-sur-Seine, le cimetière des chiens voit le jour — le premier cimetière animalier de l’époque moderne au monde.

L’architecte Eugène Petit réalise la porte d’entrée Art Nouveau, un chef-d’œuvre en soi, orné de deux chiens de bronze qui semblent monter la garde. Le site est aménagé comme un véritable jardin à la française, avec des allées, des arbres et un soin paysager qui lui vaut d’être reconnu patrimoine d’intérêt artistique et historique par les Hauts-de-Seine en 1987. Car c’est là la surprise de ce lieu : il est beau. Étonnamment, presque déraisonnablement beau.

90 000 résidents et quelques célébrités

En plus de 125 ans d’existence, plus de 90 000 animaux y ont été inhumés : chiens, chats, chevaux, lions, singes, moutons, poissons, hamsters et cochons. Les sépultures vont de la simple pierre gravée au monument élaboré, avec stèle, portrait et épitaphe soignée. On y croise des noms attendrissants, des messages d’une intensité émotionnelle parfois aussi forte que dans n’importe quel cimetière humain.

Mais quelques résidents se distinguent par leur destin exceptionnel.

Rin Tin Tin, le plus célèbre d’entre eux, est un berger allemand né en 1918 dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, recueilli par un soldat américain, Lee Duncan, et devenu l’une des plus grandes stars de Hollywood. Il tourna plus de 27 films pour Warner Bros dans les années 1920, sauva la maison de production de la faillite et reçut des milliers de lettres de fans. Sa tombe est le monument le plus visité du cimetière. Plusieurs générations de chiens portant son nom lui ont succédé, mais c’est le premier, le vrai, l’original, qui repose ici.

Barry, le saint-bernard légendaire, est une autre figure tutélaire du cimetière. Ce chien du Grand-Saint-Bernard, dans les Alpes suisses, est crédité d’avoir sauvé entre 40 et 100 voyageurs perdus dans les neiges au début du XIXe siècle. Sa réputation a traversé les siècles et les frontières. Un monument dédié à Barry est incontournable lors de la visite.

Moustache, chien de régiment de l’armée napoléonienne, mérite aussi sa place. Ce barbet noir participa à plusieurs batailles, dont Austerlitz, et fut décoré de la Légion d’honneur — premier animal à recevoir cette distinction. Il mourut au combat, canon à la main — enfin, à la patte.

On trouve aussi ici des animaux de compagnie de personnalités : Sacha Guitry, Courteline, des princesses et aristocrates du monde entier ont choisi d’y enterrer leurs fidèles compagnons. Le cimetière mêle ainsi les destins les plus humbles et les plus illustres dans une égalité touchante.

Un miroir de notre rapport aux animaux

Au-delà de l’anecdote, le cimetière des chiens d’Asnières est un document historique d’une richesse inattendue. En parcourant ses allées, on traverse 125 ans d’évolution du rapport de l’humain à l’animal : de la bête utilitaire au compagnon de vie, du serviteur à l’ami, de la propriété à l’être aimé. Les épitaphes les plus anciennes témoignent d’un attachement pudique, à peine assumé. Les plus récentes n’ont parfois plus rien à envier aux adieux humains.

Le lieu pose aussi des questions philosophiques qui ne sont pas anodines. Pourquoi enterrons-nous nos animaux ? Qu’est-ce que cela dit de notre conception de la mort, de l’âme, de la relation entre les espèces ? Ce cimetière, fondé il y a plus d’un siècle par une féministe visionnaire, était une déclaration : les animaux comptent, leur vie a de la valeur, leur mort mérite d’être honorée. En 2026, alors que la condition animale est au cœur de nombreux débats de société, cette déclaration n’a jamais semblé aussi contemporaine.

Préparer sa visite

Où se trouve le cimetière

Le cimetière des chiens se situe 4, pont de Clichy, 92600 Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), à environ 15 minutes en transports du centre de Paris.

Accès :

  • Métro : ligne 13, station Gabriel Péri, puis 15 minutes à pied (agréable le long de la Seine)
  • RER C : gare d’Asnières-Gennevilliers, puis 15 minutes à pied
  • Bus : lignes 54, 175, arrêt « Pont de Clichy »

Informations pratiques 2026

Voici ce qu’il faut savoir :

  • Horaires été (15 mars au 15 octobre) : tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h
  • Horaires hiver (15 octobre au 15 mars) : tous les jours sauf le lundi, de 10h à 16h30
  • Tarif : entrée payante, tarif modique (se renseigner sur le site officiel)
  • Visites guidées : disponibles sur réservation, très recommandées pour découvrir les histoires des résidents célèbres
  • Durée : compter 1h à 1h30 pour une visite libre, 2h pour une visite guidée

Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme d’Asnières-sur-Seine et du site officiel du cimetière.

Conseils de visite

  • Prévoyez plus de temps que prévu. On s’attarde facilement devant chaque stèle, chaque épitaphe. Ce lieu est un voyage dans le temps et dans les émotions.
  • Optez pour la visite guidée. Les anecdotes sur Rin Tin Tin, Barry ou Moustache valent vraiment le détour et donnent toute leur dimension à ces pierres.
  • Respectez les sépultures récentes. Certaines familles viennent encore régulièrement fleurir les tombes de leurs animaux. On est dans un lieu de recueillement actif.
  • Combinez avec les bords de Seine. Le quartier est agréable, et la promenade sur les berges complète bien la visite.
  • Allez-y avec des enfants. C’est un lieu qui parle à tous les âges, avec une profondeur accessible même aux plus jeunes.

Le Père-Lachaise des animaux

On l’appelle parfois « le Père-Lachaise des animaux ». La comparaison n’est pas que cosmétique : comme son illustre voisin parisien, ce site unique accueille plus de 90 000 sépultures, certaines célèbres, d’autres anonymes mais tout aussi touchantes, dans un cadre paysager soigné où l’émotion et l’insolite se côtoient à chaque détour d’allée. Mais là où le Père-Lachaise est visité pour ses morts illustres, le cimetière des chiens tire sa force de ses morts ordinaires — ces milliers de Médor, de Minou et de Smaug le Magnifique qui disent, mieux que tout discours, à quel point nos animaux ont compté dans nos vies. En sortant de ce jardin étrange et beau, on pense inévitablement à ceux qu’on a aimés et perdus — humains ou non. Et l’on comprend que ce cimetière fondé par une féministe en 1899, loin d’être une curiosité anecdotique, est en réalité l’un des lieux les plus profondément humains qui soient aux portes de Paris.

Fondé en 1899 aux portes de Paris, le cimetière des chiens d’Asnières abrite 90 000 sépultures d’animaux — dont Rin Tin Tin, Barry et Moustache le héros napoléonien. Un jardin Art Nouveau étonnant, touchant et profondément humain, qui dit tout de ce que nos animaux représentent pour nous.

Aller plus loin

Ce lieu enrichit notre catégorie Insolite & mystérieux. Pour d’autres cimetières remarquables aux portes de Paris, découvrez le Père-Lachaise. Et pour d’autres curiosités animales et scientifiques, le musée Fragonard de Maisons-Alfort et ses écorchés vous attendent, à quelques kilomètres de là.

← Tous les récits · Insolite