Entre 1915 et 1919, Henri Désiré Landru attira des femmes seules dans une villa isolée des Yvelines, les assassina et brûla leurs corps dans son fourneau. Onze victimes, 283 femmes contactées, aucun cadavre retrouvé, un procès qui subjugua la France. Voici l'histoire glaçante du Barbe-Bleue de Gambais, et les lieux qui en gardent la mémoire.

Un petit homme chauve à la longue barbe, au regard perçant, d’une politesse exquise. Rien, dans l’allure d’Henri Désiré Landru, ne trahissait le monstre. Et pourtant, entre 1915 et 1919, cet escroc besogneux devint le premier tueur en série de l’histoire criminelle française. Sa méthode : séduire des femmes seules par petites annonces, les attirer dans une villa isolée des Yvelines, les assassiner, puis brûler leurs corps dans le fourneau de sa cuisine. Onze victimes reconnues, aucun cadavre jamais retrouvé, un procès qui tint la France en haleine. Un siècle plus tard, le « Barbe-Bleue de Gambais » reste l’une des figures les plus glaçantes du crime français — et son ombre plane encore sur les villages tranquilles où il opéra.
Un escroc devenu monstre
Rien ne prédestinait Landru au crime de masse. Né à Paris en 1869 dans une famille modeste et aimante, il fut, dit-on, un enfant choyé. Il fait des études, se marie, a quatre enfants. Mais très tôt, il glisse vers l’escroquerie. Faux, arnaques, abus de confiance : ses combines lui valent un casier judiciaire bien rempli et plusieurs années de prison.
C’est la Première Guerre mondiale qui va transformer l’escroc en assassin. Le conflit laisse derrière lui une France pleine de femmes seules : veuves de guerre, célibataires sans perspectives, esseulées en quête d’un compagnon. Landru y voit une proie idéale. Il commence à publier des annonces matrimoniales dans les journaux, se présentant sous de fausses identités — « Monsieur Diard », « Georges Frémyet », « Lucien Guillet » — en veuf ou divorcé honorable, à la recherche d’une âme sœur.
Le mécanisme est glaçant de méthode. Il séduit, met en confiance, se fait remettre économies et biens… puis fait disparaître ses victimes. Les enquêteurs découvriront qu’il avait entretenu une correspondance avec 283 femmes. Un carnet noir tenait la comptabilité macabre de ses proies.
La villa de Gambais
Le cœur du cauchemar se situe dans deux maisons de campagne isolées, au sud-ouest de Paris. D’abord une villa à Vernouillet, puis, à partir de 1915, une demeure louée à Gambais, dans l’actuel département des Yvelines : la villa Ermitage. C’est là, dans cette maison retirée entourée de nature, que Landru emmenait ses victimes, sous prétexte d’y couler des jours heureux.
Ce qui rendait ses crimes presque parfaits, c’est qu’il ne restait aucun corps. Landru brûlait les dépouilles dans le fourneau de sa cuisine — un détail qui horrifia l’opinion et devint le symbole de l’affaire. Les voisins se souviendront d’une fumée noire et d’une odeur âcre s’échappant de la villa. Lors des perquisitions, la police ne retrouvera pas de cadavres humains, mais un indice sinistre : dans le jardin, les corps de trois petits chiens étranglés, ceux de sa dernière victime.
Le fil qui fait tout basculer
Landru était méthodique, mais la disparition en série finit par attirer l’attention. Ce sont les familles de deux disparues qui, en cherchant leurs proches, mettent la police sur la piste. Comment deux femmes différentes ont-elles pu s’évanouir après avoir fréquenté le même homme à Gambais ? Les enquêteurs de la célèbre « brigade du Tigre » remontent patiemment la trace.
En avril 1919, Landru est arrêté. Les perquisitions livrent un accablant butin : des malles remplies de vêtements féminins aux initiales différentes, des lettres d’amour, des photographies, et surtout ce carnet où il consignait tout — les noms, les rendez-vous, les dépenses. La comptabilité d’un prédateur.
Le procès du siècle
Le 7 novembre 1921 s’ouvre à Versailles l’un des procès les plus retentissants du XXe siècle. La France entière, tout juste sortie de la guerre, se passionne pour l’affaire. Des personnalités se pressent aux audiences ; la presse en fait ses gros titres pendant des semaines ; on chante même des chansons sur « les femmes de Landru ».
L’accusé, lui, joue une partition stupéfiante. Défendu par le célèbre avocat Moro-Giafferi, Landru nie farouchement les meurtres jusqu’au bout — tout en reconnaissant, presque avec fierté, ses escroqueries. Il fait preuve d’une éloquence provocante, d’un humour noir déroutant, ripostant aux magistrats avec des formules restées célèbres. Comment condamner un homme pour onze meurtres alors qu’aucun corps n’a été retrouvé ? Ce fut tout l’enjeu du procès.
Les preuves matérielles manquaient, mais le faisceau d’indices était écrasant : les disparitions, le carnet, les biens des victimes retrouvés en sa possession, les allers-retours à Gambais. Le 30 novembre 1921, Landru est reconnu coupable de onze assassinats et condamné à mort. Il est guillotiné à Versailles le 25 février 1922, emportant ses secrets — et le nombre exact de ses victimes — dans la tombe.
Des décennies plus tard, une note révélera un ultime frisson : sur un dessin représentant le fameux fourneau, remis à l’un de ses avocats, Landru aurait laissé une phrase sibylline, tenue pour une forme d’aveu. L’affaire inspira des films, dont un de Charlie Chaplin (Monsieur Verdoux), et reste une référence absolue du true crime français.
Sur les traces de Landru aujourd’hui
L’affaire Landru n’est pas un « site touristique » — et c’est important de le dire d’emblée. Il n’existe pas de musée du crime, et les lieux concernés sont pour la plupart des propriétés privées ou des communes tranquilles qui n’ont pas vocation à être un décor. Aborder cette histoire, c’est s’intéresser à un fait divers devenu jalon de l’histoire judiciaire, pas chasser le morbide.
Gambais et Vernouillet
Gambais est aujourd’hui un paisible village des Yvelines, à l’ouest de Paris, à la lisière de la forêt de Rambouillet. La tristement célèbre villa Ermitage y a existé ; mais rappelons que les lieux liés à l’affaire sont des propriétés privées : on ne visite pas, on ne dérange pas les habitants, on n’entre nulle part. Le village mérite qu’on le traverse pour son cadre, en gardant à l’esprit son histoire, sans en faire un spectacle. Il en va de même pour Vernouillet, autre commune où Landru sévit.
Versailles, théâtre du procès
Le lieu le plus « visitable » de l’affaire est sans doute Versailles, où se tint le procès et où Landru fut exécuté. La ville, mondialement connue pour son château, possède aussi un patrimoine judiciaire : son palais de justice fut le théâtre de ce procès hors norme. C’est là que l’on peut le mieux relier l’histoire à un lieu, dans le cadre d’une découverte plus large de la ville.
Comprendre plutôt que frissonner
La meilleure façon d’explorer l’affaire Landru reste documentaire : les archives numérisées de la BnF (Gallica) offrent les unes de presse d’époque, et les fonds d’archives judiciaires (France Archives) conservent le dossier de procédure. Une plongée autrement plus riche — et respectueuse — qu’une visite sur place.
Rester dans le respect
Un rappel essentiel, car l’affaire touche à des crimes réels :
- Onze personnes ont été assassinées. Derrière le personnage fascinant de Landru, il y a des victimes réelles, des femmes qui avaient des noms, des familles. On garde cela en tête.
- Les lieux sont habités. Gambais et Vernouillet sont des communes vivantes. On ne s’introduit pas dans les propriétés, on ne photographie pas les maisons des gens, on respecte la tranquillité des habitants.
- On informe, on ne glorifie pas. L’intérêt pour le true crime est légitime tant qu’il vise à comprendre — la psychologie, l’époque, la justice — et non à faire du criminel une célébrité.
Le mal sous un visage ordinaire
Ce qui fascine et terrifie dans l’affaire Landru, ce n’est pas le sang — il n’y en a pas, ou si peu. C’est l’écart vertigineux entre l’apparence et la réalité : un homme courtois, cultivé, bon père de famille, qui recevait des femmes chez lui pour les assassiner froidement et les réduire en cendres, avant de retourner dîner auprès des siens. Landru incarne cette vérité dérangeante que le true crime ne cesse d’explorer : le mal ne prend pas toujours le visage du monstre. Parfois, il a les manières exquises d’un homme qu’on aurait invité à sa table. C’est peut-être pour cela que, un siècle après sa mort, le Barbe-Bleue de Gambais continue de hanter notre imaginaire.
Onze femmes disparues, aucun corps, un fourneau et un carnet noir. Landru fut guillotiné sans avoir jamais avoué — emportant dans la mort le secret exact de ses crimes.
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Ce récit de true crime historique prolonge notre catégorie Insolite & mystérieux. Pour un autre grand criminel devenu légende, découvrez le château de Tiffauges, repaire de Gilles de Rais, le premier « Barbe-Bleue » de l’Histoire.